Panique à Halloween

 

31 octobre 1705

 

            Le soir d’Halloween, un groupe de jeunes, déguisés, fait la fête ! La Pleine Lune éclaire d’une lueur blafarde, le village de Saint-Honoré ! Qui aurait pu savoir qu’un drame affreux surviendrait cette nuit-là, dans ce village alpin si paisible ? Un évènement horrible qui marquerai à jamais les habitants du petit village !

 

 

31 octobre 2000 – 9h00

 

            -Whoua ! T’as vu toutes ses tombes ?

 

            - Ben, dans un cimetière, c’est un peu normal, non ?

 

            - Peut-être mais pas d’aussi vieilles !

 

            Moi, Laura Desprès, et mon frère cadet Fabien, errions dans un cimetière datant du XVIII° siècle. J’ai 15 ans, de longs cheveux blonds et des yeux bleus. Mon frère âgé de 10 ans et moi, nous venions d’aménager avec notre père à Saint-Honoré ! N’étant là que depuis deux semaines, Fabien et moi, nous profitions des vacances pour explorer le village !

 

            - C’est nul comme coin, râlai-je. Même pas de centre commercial ou de grands magasins ! On est où, là ? A plouc-ville ?

 

            - Y a rien que ça qui compte, pour toi ? Moi, je trouve qu’ici on est mieux qu’à Paris !

 

            - Facile à dire pour toi ! Tu as déjà pleins d’amis avec qui échanger tes images Pokémon ! Pour moi, ce n’est pas aussi simple !

 

            En effet, dans mon nouveau lycée, dans une ville à une demi-heure de bus d’ici, je ne m’étais pas fait une seule amie, sauf, peut-être, Olivia, une fille de ma classe qui parlait avec moi en Physique.  Pour essayer de briser la glace, j’avais invité tous les élèves de sa classe à venir chez moi pour la fête d’Halloween. Le seul avantage dans ce déménagement, c’est que nous avions maintenant une maison très spacieuse ! Notre père étant avocat, il était souvent absent. Notre mère était morte quand Fabien avait deux ans, et j’avais dû, très tôt, m’occuper de son frère. Pour compenser ses absences, notre père cédait à tous nos désirs !

 

            - Tiens, un cimetière ! On va voir ?

 

            - Si tu veux, soupirai-je. Peut-être que ce cimetière sera plus vivant que le village !

 

            C’est ainsi que nous nous étions retrouvés à contempler des tombes vieilles de deux cents ans.

 

            - Eh, regarde celle-là, s’exclama Fabien, en grattant la mousse recouvrant l’unes des pierres tombales ! Oh ! T’as vu ça ?

 

            - Quoi, demandai-je en soupirant, encore un vieux croûton âgé de soixante ans ?

 

            - Non ! Celui-là est mort à 25 ans ! Mais je n’arrive pas à lire le nom de l’occupant de cette tombe !

 

            - Et alors ? Qu’est-ce que ça peut nous faire de savoir s'il s’appelle Laurent, Gertrude ou Pollux ?

 

            - Attends, il est mort en..., commença-t-il en déchiffrant les inscriptions gravées dans la pierre. En 1715. Whaou, elle n’est pas récente cette pierre.

 

            - Vous ne devriez pas rester là, lança une voix dans notre dos.

 

            Nous sursautâmes et nous retournâmes. Face à nous, un garçonnet d’une dizaine d’année.

 

            - Salut Freddy, lança Fabien. Qu’est-ce que tu fais là ?

 

            - Ben, je me promenais dans les environs avec ma sœur, Olivia.

 

            Olivia, une adolescente de 15 ans aux longs cheveux bruns et nattés et aux yeux verts, apparut derrière son frère.

 

            - Salut Laura, s’exclama Olivia. Ca marche toujours pour ta soirée ?

 

            - Bien sûr !

 

            - Au fait, est-ce que mon frère pourra m’accompagner ? Mes parents sortent et...

 

            - Sans problème, comme ça il pourra jouer avec mon frère !

 

            - OK ! Allez, on va chez moi, je vous offre à boire ! Ce n’est pas loin !

 

            - C’est pas de refus ! Allez viens Fabien !

 

            - Hum ! Alors, t’as Mew ? demanda-t-il à son copain en m’emboîtant le pas. Tu me l’échanges contre deux Léviator et un galopa ?

 

            - Alors, t’as compris le TP de Physique ? m’interrogea Olivia. Moi, j’ai rien compris !

 

            - Ouais, c’était plutôt facile !

 

            - T’es bonne en Physique ! Au contrôle, t’as eu 19/20 ! Hé, est-ce que tu ne pourrais pas me donner un coup de main en Physique pour le TP ? J’ai toujours des notes catastrophiques, et ma mère m’a menacé, si je n’avais pas 15 de moyenne au minimum, de m’envoyer en pension !

 

            - Oh, ma pauvre ! D’accord, je t’aiderai mais seulement à condition que toi, tu m’aides en français, là, c’est moi qui ai des notes catastrophiques !

 

            - Ok ! On fait comme ça alors ?

 

            - Ouais !

 

            - Au fait, pourquoi tu viens pas avec nous aux récrés ?

 

            _ Ben... parce que je ne veux pas m’imposer !

 

            - Ici, si tu ne fais pas le premier pas, tu auras du mal à t’intégrer !

 

            - J’ai remarqué !

 

            - Ben, t’auras qu’à venir avec Sophie et moi à la rentrée !

 

            - Merci pour la proposition !

 

            - Bah, c’est normal ! Bon, on y est !

 

            Olivia et son frère habitaient dans une petite maison coquette entourée par un petit jardin clôturé et arboré. Derrière, une piscine occupait la moitié de l’espace. A l’intérieur, Olivia me guida jusqu’à la cuisine tandis que Freddy montait avec mon frère à l’étage.

 

            - Qu’est-ce que tu préfères ? Coca, jus d’orange, me demanda Olivia, postée devant le frigo.

 

            - Euh, un coca s’il te plaît !

 

            - Tiens ! Au fait, t’habites ou ?

 

            - Au manoir des Liverstones !

 

            -Hein ? s’étonna Olivia.

 

             De stupeur, elle lâcha son verre qui se fracassa parterre dans un tintement ! Elle était pâle !

 

            - Qu’est-ce qu’il y a ?

 

            - Oh ! Rien, rien, répondit-elle en commençant à ramasser les bouts de verre traînant sur le sol. Seulement, je trouve que c’est une grande bâtisse en mauvais état !

 

            - Bof, pas tant que ça !

 

            - Écoute, il faut que...

 

            - Olivia, s’écria Freddy du haut de l’escalier. Figaro était dans ta chambre.

 

            - Roh, il m’énerve ce chat ! Vire-le !

 

            - Comme tu veux !

 

            - Bon, il faut que je rentre, j’ai encore du pain sur la planche ! Fabien, viens ! On rentre, criai-je à mon frère !

 

            - Ok ! A ce soir Freddy, lança mon frère avant de dévaler l’escalier.

 

            - Bon, à ce soir Olivia !

 

            - A ce soir, répondit-elle visiblement troublée.

 

* * * * *

 

            - Olivia a eu une drôle de réaction quand je lui ai dit où on habitait, racontai-je à Fabien alors que nous marchions le long de la route principale en direction de notre maison.

 

            - Freddy aussi ! Il est devenu tout blanc et il n’a rien dit pendant dix minutes !

 

            - C’est étrange, on dirait qu’ils ont peur !

 

            - N’importe quoi !

 

            - Alors, tu l’as eu ton Mew ?

 

            - Ca oui ! J’ai eu non seulement un Mew mais un Mew Two, et tout ça contre Trois Pikachu et Deux mélofées ! Freddy est taré ! Il est perdant dans l’affaire ! Mew et Mew Two sont nettement plus puissant que tous les autres pokémon réunis !

 

            - Hum ! Bon, tu t’occupes de Domino pendant que je fais le ménage, d’accord, proposai-je à mon frère en arrivant devant chez nous.

 

            - Ok, lança-t-il en poussant la grille. Oh ! Elle est toujours aussi impressionnante cette maison.

 

            En effet, face à nous, s’étendait un grand jardin arboré et clôturé, un chemin de pierre serpentant dans la pelouse fraîchement coupée menant vers notre maison qui se découpait, immense, dans le ciel matinal, plongeant la pelouse dans l’ombre. Derrière le bâtiment dont les façades grises étaient recouvertes de lierre et autres plantes grimpantes, il y avait encore 2000 m² de jardin ainsi qu’une piscine et une véranda ajoutée à la construction d’origine. Le manoir, datant du XVIII°, avec ses deux tours, ses murs plus vert que gris, ses trois étages et une toiture en ardoise qui avait quelque peu besoin d’être retapée, avait beau être majestueux, il n’en demeurait pas moins inquiétant. Les balustrades sculptées de la varangue et du balcon disparaissaient, elles aussi, sous l’invasion du lierre.

 

            Domino, un petit bâtard blanc taché de noir, nous apercevant, arriva vers nous, la queue battante, en jappant.

 

            - Alors mon grand, t’as été sage pendant notre absence, demanda mon frère en caressant le chien.

 

            - Ouaf ! “répondit” le chien alors que j’ouvrai la porte d’entrée en bois massif et pénétrai dans le vestibule. Face à moi, deux escaliers de marbre blanc menaient à l’étage. Un tapis rouge et or recouvrait le parquet clair de la pièce. Sur la gauche, deux portes : l’une menant à la cuisine et l’autre à la salle à manger. A ma droite, une porte donnant sur le salon. En face, entre les deux escaliers, la porte de la salle de bain. Les murs étaient recouverts de cadres représentants différentes personnes qui devaient être les anciens propriétaires du manoir. L’un des cadres attirait toujours mon attention, dans un mélange de crainte et d’admiration. Cette peinture représentait un homme frisant la quarantaine, un garçon et une fillette. C’était surtout la fille qui m’intriguait : longs cheveux blonds, yeux bleus, peau pâle. La ressemblance entre elle et moi était assez frappante.

 

            Chassant ces pensées de mon esprit, je montais à l’étage. Ma chambre, la plus grande pièce de cet étage, donnait sur l’arrière du jardin et le bois obscur qui prolongeait, de plus de trois hectares, notre propriété. Mon frère jouait avec Domino à la lisière du bois. J’ouvris ma fenêtre en grand et observais ma chambre. Une douce moquette grise recouvrait le sol. Sur mon bureau, près de la fenêtre, un cadre doré encadrait une photo de mes parents, mon frère âgé d’un an, moi, et un petit colley, Pepsi. Sur une autre photo, datant de deux mois, on me voyait avec Judith, ma meilleure amie, sur la plage proche de mon ancienne maison. Des posters de stars recouvraient les murs blancs de la pièce. Ma raquette – je suis une passionnée de tennis – était appuyée contre mon lit. Dans la penderie ouverte, ma tenue d’halloween attendait le début de la soirée.

 

            En face de ma chambre, à l’autre bout du couloir, la chambre de mon frère, dont la porte était ouverte, me permettait de voir le désordre de la pièce : des vêtements traînaient par terre, parmi des papiers et quelques livres. Seul la partie jeux vidéos était à peu près ordonnée. Entre nos deux chambres, des portes donnaient sur la chambre d’ami, la chambre de mon père et une salle de bain. Au dernier étage, le bureau de mon père était fermé. Je me rendis au grenier, adjacent au bureau, qui, d’après mon frère, était presque assez grand pour y jouer un match de foot. Je sortis la chaîne-hifi de son carton et la descendis au salon.

 

            La maison, avec toutes ces décorations, avait l’air encore plus macabre, voire morbide, que d’habitude. Dans la salle à manger, la grande table en noyer était recouverte d’un drap noir et de récipients divers attendant d’être remplis.

 

            - Laura, cria Fabien de dehors. Olivia et Freddy sont là !

 

            - J’arrive, répondis-je en me dirigeant vers la porte d’entrée.

 

            J’y trouvai Olivia, pâle mais souriante, caressant Domino.

 

            - Salut ! Je me suis dit que t’aurai peut-être besoin d’aide !

 

            - Merci, mais j’ai presque fini !  Mais, tu n’as qu’à rentrer maintenant que tu es là !

 

            - Euh... ! D’accord, accepta-t-elle en me suivant à l’intérieur.   

 

* * * * *

 

            - Whaou ! C’est immense, s’extasia-t-elle. Tu as  assez de place pour inviter tout le lycée !

           

            - Ouais ! Et j’ai aussi de quoi nourrir tout le lycée, plaisantai-je en allant à la cuisine. Tu veux boire quelque chose, demandai-je en ouvrant le frigo.

 

            - Je veux bien un verre d’eau !

 

            - Ok ! Et un verre d’eau pour madame, un !

 

            - Dis, où sont tes parents ?

 

            - Mon père est au tribunal, il est avocat. Et ma mère est morte quand j’avais huit ans.

 

            - Oh, j’suis désolée pour toi ! Je suppose que c’est toi qui as dû t’occuper de ton frère !

 

            - Bah, il n’est pas trop agaçant ! Mis à part avec ses Pokémon !

 

            - Ouais, mon frère est pareil !

 

            - J’te fais visiter ?

 

            - Ouais, si tu veux ! Au fait, j’ai bien aimé tes invitations, et la plupart des autres élèves aussi !

 

            - Merci du compliment ! Voilà ma chambre !

 

            - Hé ! Tu fais du tennis, demanda-t-elle en montrant la raquette. Moi aussi !  On pourrait en faire toutes les deux !

 

            - Ouais ! Ca serai sympa !

 

            - Qu’est-ce qu’il y a dans ce bois, demanda Olivia qui, s’étant approchée de la fenêtre, regardait dehors.

 

            - J’en sais rien, j’y suis jamais allée ! Viens, j’vais te montrer quelque chose ! lançai-je en la menant au grenier. Cherchant parmi les cartons non vidés, je sortis une petite boîte que j’ouvris ! Elle contenait de vieilles photos poussiéreuses !

           

            - Cette boîte contient pleins de photos de ma mère et sa famille ! Mon père les a rangées dans cette boîte après sa mort !

 

            - Tu lui ressembles, observa Olivia, regardant les photos. Sur l’une d’elles, on nous voyait tous ensemble à une réunion familiale près d’une forêt. Tiens, ça me dit quelque chose cet endroit, observa-t-elle en s’arrêtant sur une photo en noir et blanc d’une fillette assise dans l’herbe, jouant avec un petit chien frisé. Hé ! C’est à vous tout ça, demanda-t-elle, ayant levé le nez des photos et observant de vieux meubles dans un coin du grenier.

           

            - Ca ? Non, ça appartenait aux premiers locataires !

 

            - Laura ?

 

            - Oh, qu’est ce qu’il a encore, râlai-je, me dirigeant vers l’escalier. Quoi ?

 

            - Rien, cria mon frère. Je me demandai juste où vous étiez.

 

            - On descend de toute façon ! On se regarde un film, proposai-je à ma nouvelle amie.

 

            - Ouais ! Mais quoi ?

 

            - Ben, j’ai les Scream, les Freddy, Hantise, l’Exorciste, la Momie,... !

 

            - Euh ! T’aurai rien de plus cool ?

 

            - Si !

 

            - Quoi ?

 

            - Pokémon ! lançai-je en éclatant de rire devant la tête ahurie d’Olivia. Non ! Sérieusement ! J’ai aussi A nous quatre, des Walt Disney, les 101 dalmatiens, les Trois frères,...

 

            - Pourquoi pas les Trois frères ?

 

            - D’accord ! Bon, on va au salon pour regarder !

 

* * * * *

 

            - Pour calculer le rayon de la Terre à partir de la méthode d’Erathostène, il suffit de...

 

            Ayant regardées le film, j’aidai Olivia à faire son TP de Physique, sur un banc à l’ombre d’un noyer, au fond du jardin !

 

            - Ah, d’accord ! En fait, c’est pas si compliqué que ça, observa Olivia, finissant son exercice.

 

            - Juste par curiosité, en quoi tu vas te déguiser ce soir ?

 

            - Tu verras bien, me répondit-elle avec un petit sourire. Oh ! Non ! ajouta-t-elle en regardant sa montre. Il est déjà 14h00 ! Freddy, dépêche-toi, tu vas être en retard à ton match de foot ! Mes parents sont au boulot, c’est à moi d’accompagner mon frère pour son match, m’expliqua-t-elle alors que son frère déboulait l’escalier, son sac sur l’épaule. Merci, pour la Physique et à ce soir, lança-t-elle en commençant à s’éloigner avec son frère. On sera chez toi pour 19h00.

 

            - D’accord ! A ce soir !

 

            Rentrant à l’intérieur, je me dirigeai vers la cuisine pour préparer le repas d’Halloween : Tartes aux potirons, “ailes de chauve-souris” ( sablés découpés en forme d’ailes de chauve-souris et recouverts de chocolat noir fondu ), une imitation de sangria mais sans alcool,...

 

            Quatre heures plus tard, la table de la salle à manger était recouverte de plats variés. J’allais ensuite me changer.

 

            - Génial ton déguisement, lança mon frère, assis dans le fauteuil du salon pour regarder... Pokémon, évidemment. On dirait presque un vrai vampire !

 

            Effectivement, le résultat était assez satisfaisant. J’étais vêtue d’une longue robe noire, de collants noirs et de chaussures noires. Une longue cape noire, doublée de rouge en dessous avec un col, était agrafée autour de mon cou et descendait jusqu’au niveau de mes chevilles. Mes mains étaient gantées de blanc. Mon visage, recouvert de crème blanche, paraissait pâlot. J’avais de grandes cernes et de fausses canines. Mon frère, lui, portait un déguisement de squelette, les os blancs contrastant avec le fond noir du costume.

 

            - Il est à toi, Pikachu !

 

            -Fabien, tu pourrais pas baisser le  son de la télé, criai-je à mon frère, depuis la cuisine. Ou non, éteins et va donc faire un peu de rangement dans ta chambre, ça serait pas du luxe d’ailleurs !

 

            - Oh ! Je peux pas savoir si Pikachu va mettre la pâté à la Team ? Tu peux pas le faire toi ?

 

            - Non ! Et pour trois raisons ! Premièrement : Tu t’abrutis suffisamment avec tous ces trucs idiots ! Deuxièmement : Que je sache, à dix ans, on est assez grand pour ranger sa chambre tout seul ! Et encore, à par ça, tu fais pas grand chose d’autre ! Moi, en plus de mes leçons, je dois faire le ménage, un peu de cuisine, bien que, en général, on se contente de commander des pizzas ou des plats chinois, et m’occuper de toi ! C’est largement suffisant ! Si au moins papa était là plus souvent ! Il n’y a que le dimanche, et encore, qu’on peut le voir plus de quatre heures ! Pourquoi ne peut-il pas préparer ses affaires à la maison ?  Troisièmement : J’ai pas que ça à faire ! En plus, je dirai à papa de te supprimer ton argent de poche si tu ne le fais pas ! Tu ne t’occuperais même pas de Domino, TON chien, si je ne te le rappelai pas !

           

            - D’accord, j’y vais ! De toute façon, j’l’avais déjà vu !

 

            - En plus ! Dépêche-toi, ajoutai-je, Freddy arrive dans moins d’une demi-heure !

 

            En effet, vingt minutes plus tard, Olivia et Freddy étaient à la maison.

 

            - Mon frère est dans sa chambre, lançai-je à Freddy.

 

            - Il est bien ton costume, intervint Olivia.

           

            - Merci ! Le tien aussi ! Alors qui a gagné le match ?

 

            - Le match ? Quel match ?

 

            - Ben, le match de foot de ton frère !

 

            - Ah oui ! Ils ont gagné 3-0 contre les St Grégoriens !

 

            Quelqu’un frappa à la porte, interrompant notre discussion !

 

            - Salut, lançai-je en ouvrant la porte à un squelette, un Frankenstein et un Zombi. Entrez !

 

            Une heure plus tard, tous les élèves de ma classe, soit 30 élèves, étaient réunis dans le salon !

Certains dansaient, d’autres discutaient entre eux ! Olivia m’aidait à entretenir la soirée .

 

* * * * *

 

            La soirée promettait d’être réussie ! Tout le monde avait l’air de bien s’amuser. Les garçons, plutôt gamin à cet âge, faisaient des blagues plus ou moins drôles aux filles. Mon frère et ses copains, d’autres élèves étaient venus avec leurs frères et sœurs, jouaient au grenier. Je leurs avais monté des plats et des boissons. Donc, sur ce plan, pensai-je, pas de problème, on aurait la paix !

 

            Vers 21h00, j’entendis un grand remue-ménage au grenier ! Arrivée, avec Olivia, dans la pièce où il régnait un chaos absolu, je découvris les gamins en train de se jeter tous les objets qu’ils trouvaient à la figure !

 

            - Ca suffit, ordonnai-je.

 

            Les six enfants cessèrent sur-le-champ leur petite bataille.

 

            - Rangez ça tout de suite puis vous irez faire le tour du voisinage ! Ca vous calmera peut-être !

 

            - D’accord, lança mon frère. Euh... ! Je pourrai pas le faire demain !

 

            - D’accord, mais du balai !

 

             Les gamins étant sortis, je m’apprêtai à rejoindre mes invités quand un objet attira mon attention. C’était une vieille armoire que je n’avais jamais vue auparavant ! Faites d’un bois très sombre, elle était recouverte de poussière !

 

            - Laura, il faut redescendre, me lança Olivia alors que je m’approchai du meuble.

 

            - Vas-y, j’te rejoins dans deux minutes !

           

            - Mais les autres vont s’inquiéter, insista-t-elle, déjà dans l’escalier.

 

            - Je serai pas longue !

 

            Sur ces mots, j’ouvris l’armoire. Rien sauf de vieux vêtements, principalement des robes ou autres tenues féminines. Passant ma main sur l’étagère du haut, ma main heurta un objet lisse et épais !

 

            Au bout de dix minutes, je parvins à le sortir du meuble, malgré les remarques d’Olivia. C’était un vieux coffret en bois noir recouvert d’une épaisse couche de poussière !

 

            L’ayant ouvert, je vidai son contenu sur le plancher ! Des bijoux tombèrent dans un tintement, ainsi que des papiers et un carnet !  Sur la première page de ce dernier, écrite en lettres dorées, la date, 1705, montrait l’ancienneté du livre ! Alors que je tournais la page pour en voir le contenu, une main se saisit du bouquin !

 

            - Allez, viens, on descend, lança Olivia.

 

            - D’accord ! Si tu y tiens tant que ça, cédai-je, surprise par son comportement.

 

            Alors qu’elle se dirigeait vers l’escalier, je ramassai les objets qui traînaient. Mais je prit les papiers jaunis par le temps, les cachaient sous ma cape et rejoignit Olivia.

 

            Prétendant avoir une envie pressante, je me réfugiai dans la salle de bain et regardait mes trouvailles : de vieilles photos en noir et blanc et des articles de journaux ! Sur une des photos, une fille blonde jouait dans la pelouse avec un chien et une brunette d’une dizaine d’année.

 

            - Mais, c’est le manoir, murmurai-je en reconnaissant à l’arrière-plan, l’entrée du manoir.

 

            Retournant la photo, je déchiffrai l’inscription écrite à l’encre noire, à moitié effacée par le temps :

 

            “ Lara, ... et O...”

            “ le 31 octo... 1700”

 

            - On t’attend, Laura, remarqua Olivia, derrière la porte.

 

            - Oui, oui, j’arrive tout de suite, m’écriai-je en cachant précipitamment mes affaires. Mais, dans ma précipitation, je renversai une bouteille de dissolvant qui se brisa au sol, vidant son contenu sur un des vieux papiers jaunis que j’avais récupéré !

 

            - Laura, s’inquiéta Olivia. Ca va ?

 

            - Oui ! J’ai juste fait tomber la bouteille de dissolvant ! J’ramasse les morceaux et j’arrive !

 

            - D’accord !

 

            Commençant à ramasser ce qui restait du flacon, j’étouffai une exclamation de surprise ! En effet, le produit avait, sur le papier vierge, mis un dessin en évidence.

 

            - Le principe de l’encre invisible, murmurai-je en prenant le papier et en l’examinant.

 

            - Laura, m’interrompit la voix de mon frère. Laura !!!!!

 

            Ayant remarqué de l’inquiétude dans le ton de mon frère, je sortis de la pièce et trouvait mon frère dans l’entrée, livide. Il tremblait tellement que j’eu peur qu’il ne tombe.

 

            - Fabien, que se passe-t-il, m’inquiétai-je.

 

            - C’est... ! C’est... ! bredouilla-t-il, trop secouer pour m’expliquer.

 

            - Bon, montre moi ce qui t’effraie tant que ça !

 

            - Qu’est ce qui se passe Laura, demanda une fille, Clarisse. Mon frère est tout chamboulé et celui de Pierre est dans le même état !

 

            - J’en sais rien justement !

 

            - Eh ! Où son Freddy et Julien ? demanda Olivia en arrivant avec Cyrielle.

 

            - Ils sont dehors, parvint à articuler Fabien, commençant à se calmer.

 

            - Qu’est ce qui s’est passé, lui demanda Luc.

 

            Tout le monde était maintenant dans l’entrée.

 

            - Ben, on... on était dans le jardin en train de jouer avec Domino quand... ! commença Juan, le frère de Clarisse.

 

            - Julien a lancé la balle trop fort et elle a disparue dans le bois ! continua Fabien. Domino s’est élancé à sa suite ! Brusquement, on l’a entendu aboyer et il n’est pas revenu !

 

            - On s’est approché mais il faisait trop noir ! On a entendu un bruit bizarre et on est revenu en courant.

 

            - On va voir, proposa Pascal.

 

            - Ouais ! Allons-y ! approuva Luc, visiblement ravi de la tournure que prenait la soirée.

 

            Tous les autres élèves acceptèrent. Seule Olivia paraissait inquiète.

 

            - Bon, j’prend des lampes et on y a va, cédai-je en montant. Je reviens !

 

            Ayant fait le tour de ma chambre, celles de mon frère et de mon père, le salon et la cuisine, je reviens avec six lampes de poche. Je découvris que certains invités avaient emmené leurs propres lampes, probablement pour faire de mauvaises blagues.

 

* * * * *

 

            Dehors, tout était calme !  La pleine lune éclairait d’une lueur blafarde l’arrière du jardin, dévoilant un paysage un peu fantomatique.

 

            - C’est rare la pleine lune pour Halloween, observa Léa, ça arrive tous les trente-six du mois !  La dernière a eu lieu, il me semble, il y a deux cent ans !

 

            - En 1705, lança Olivia, l’air absorbée par ses pensées.

 

            - Comment peux-tu en être aussi sûre !

 

            - Heu... ! Je crois que c’est ça ! répondit-elle, troublée. C’est ce que m’a dit t..., je veux dire..., ma grand-mère !

 

            Ayant retrouvés Fabien et Julien, nous pénétrâmes dans la forêt. Le faisceau des lampes tranchait l’obscurité du lieu. Les petits étaient serrés les uns contres les autres.

 

            - Domino, appelai-je. Domino ? Où es-tu mon beau ?

 

            - On devrait se séparer !

 

            - Ouais ! Tu as raison ! approuva Clarisse.

 

            - Eh ! Regardez ça ! s’exclama Chloé.

 

            Le faisceau de sa lampe éclaira un objet blanc, long et lisse qui dépassait d’un des gros buissons qui entouraient la petite clairière où nous nous trouvions.

 

            Luc s’approcha des buissons et regarda.

 

            - Eh ! Il est super bien réussit ce squelette ! On dirait presque un vrai... ! On a même l’impression qu’il reste des morceaux de viandes putréfiés sur les os ! Je sais pas où t’as trouvé ça Laura, mais c’est très réaliste !

 

            - Mais... Je n’ai pas acheté de squelette !

 

            - Hein ? Tu nous fais marcher, là !

 

            - Non, assurai-je en m’approchant. Je n’ai pas acheté de squelette comme ça ! J’en ai acheté un qui est en plastique et il est dans le salon !

 

            - Alors... ? Si c’est pas... ? commença David. Si c’est pas une blague d’Halloween... ? Non !

 

            - C’est pas vrai ! murmura Lydie.

 

            - C’est... ! C’est un... un vrai... squelette ! déduisit Yoann, livide.

 

            - Comment... ! commença Clarisse.

 

            - Ca... ça a dû être horrible !

 

            Brusquement, un hurlement sinistre retentit dans la nuit !

 

            - C’est Domino, s’exclama Fabien. Domino, où es-tu ?

 

            - On devrait se dépêcher, il va pleuvoir, remarqua Lydie.

 

            En effet, levant le nez, on apercevait, par une trouée entre les arbres, un amoncellement de gros nuages noirs.

 

            - Bon, chacun pour soit, on se sépare ! On se retrouve ici dans dix minutes !

 

            - D’accord, bonne chasse !

 

            - Laura, j’viens avec toi ! décida Olivia.

 

            - Non, Olivia, intervint Lydie. Chacun pour soit ! On aura plus de chance de retrouver le chien !

 

            - Bon, d’accord, se résigna Olivia. Sois prudente, me chuchota-t-elle. Méfie-toi de...

 

            - Allez, en route ! s’exclama Chloé.

 

            Troublée, je m’éloignai de la carrière.

 

            Au bout de cinq minutes de marche, je débouchais dans une autre clairière et là...

 

            - Non, m’exclamai-je, la surprise me clouant sur la place.

 

* * * * *

 

            -Non, j’y crois pas !

 

            Dans la petite clairière, la lune éclairait une vingtaine de pierres blanches près de petits monticules de terre. Un cimetière avait été aménagé dans notre forêt !

 

            Remise de ma surprise, je m’approchai de la première tombe. Malgré la mousse qui la recouvrait, je lu l’épitaphe gravée dans la pierre :

 

            “Clarisse Lorman”

            “ 1690 - 1705”

 

            Sur les suivantes :

 

            “ Luc Peterman” “ Chloé Despierre ”

            “1690 - 1705”  “ 1690 - 1705”

 

            Puis :

 

            “Lydie De Chartres” “ Julien Devarre”

            “1690 - 1705”     “ 1690 - 1705”

 

            Toutes ces personnes étaient mortes en 1705 à 15 ans. Aucun de ces noms ne m’était familier sauf un, bien que je ne sache pas trop pourquoi :

 

            “Lara Anderson”

            “1690 - 1705”

 

 

            La pluie commença à tomber, interrompant mes réflexions.

 

            - Ne reste pas là Laura, s’écria Olivia en courant vers moi.

 

            - Pourquoi ?

 

            - Tu ne dois pas rester là, s’exclama-t-elle, livide, en scrutant les alentours d’un air angoissé. Il ne faut pas qu’ils...

 

            - Je dois trouver Domino, m’exclamai-je en entendant à nouveau l’aboiement de mon chien. J’arrive, Domino, m’écriai-je en courant en direction du bruit.

 

            - Attends-moi !

 

            - Pas le temps !

 

            La pluie tombait, maintenant, si fort, que je ne voyais presque plus rien et entendais à peine les hurlements de mon chien.

 

            Brusquement, je glissai dans une flaque de boue et m’étalai par terre, envoyant rouler ma lampe à quelques mètres de moi et s’éteignit. Un éclair zébra le ciel éclairant des chaussures boueuses. Levant les yeux, je découvris Luc, Chloé, Clarisse, et les autres ! Tous, silencieux me regardaient d’un air que j’avais du mal à identifier : un mélange de joie, de satisfaction, de détermination et... de cruauté !

 

            - Est-ce que l’un de vous pourrait m’aider à me relever ?

 

            - Ca fais longtemps que nous t’attendions Laura, commença Luc d’une voix sombre.

 

            - Hein ? m’étonnai je, en me relevant tant bien que mal.

 

            - Pour pouvoir revivre entièrement, il faut qu’une descendante de celle qui est responsable de notre mort, périsse de la même manière !

 

* * * * *

 

            - Qu’est-ce que tu racontes ?

 

            - Il faut qu’une descendante de Lara Anderson meure à son tour pour que notre vengeance s’accomplisse !

 

            - Quoi ? Mais, je ne suis pas une descendante de...

 

            - Bien sûre que si ! Lara Anderson était la sœur de ton arrière arrière arrière arrière arrière grand-père maternel, intervint Lydie alors qu’ils s’avançaient vers moi, menaçants.

 

            - Non, hurlai-je en reculant. Qu’est ce que vous me voulez ?

 

            - On te l'a dit, intervint Chloé, d’une voix monocorde. Ta mort !!!

 

            - C’était vous ? C’était vous les ados enterrés dans la clairière ?

 

            - Oui ! Veux-tu savoir comment nous sommes morts ?

 

            - Tout est arrivé en 1705, commença Clarisse, sans attendre ma réponse.

 

            - Le 31 octobre 1705, pour être précis, ajouta Juan.

 

            - Hum ! Nous avions été invités chez Lara pour Halloween ! Mais son chien, Diabolo, a disparu dans la soirée. Inquiet, nous nous sommes tous mis à sa recherche. Nous l’avons finalement trouvé dans ce ravin, continua Léa en montrant quelque chose dans mon dos.

 

            Je me retournai et hurlai en découvrant derrière moi, un ravin.

 

            - Il pleuvait ! Le chien était tombé et était coincé, 500 m plus bas entre les branches d’un arbrisseau qui avait poussé dans la paroi de terre. Pour essayer de le rattraper, cette imbécile de Lara nous a proposée de faire une chaîne humaine. On a fait ce qu’elle a dit. Mais Lara a glissé. Entraîné par le poids des autres, tout le groupe a été précipité dans le ravin.

 

            -Si Lara et son stupide bâtard n’avaient pas été là, s’exclama rageusement Chloé, on serait encore vivant !

 

            - Ca, ça m’étonnerait ! Dans ce cas, remarquai-je, vous auriez 310 ans et c’est impossible de vivre aussi vieux ! De toutes façons, dans les deux cas, aujourd’hui, vous êtes morts !

 

            - Peut-être ! Mais aujourd’hui, tu vas payer la gaffe de ton aïeule ! Que tu le veuilles ou non ! ajouta Léa alors qu'ils avançaient vers moi, m’obligeant à reculer, à m’approcher peu à peu du ravin.

 

            - Au fait, où est mon chien ?

 

            - Lui, c’était juste un appât pour t’attirer ici ! On l’a relâché ! Il a détalé comme s’il avait le diable à ses trousses ! ricana Luc.

 

            Soudain, Domino déboula, semant le désordre dans le groupe. Je profitai de l’occasion pour m’enfuir en courant. Mais j’eus à peine parcourue 100 m que je glissai et tombai... dans le ravin !  Par réflexe, je parvins à m’accrocher à une saillie rocheuse, cinq mètres plus bas ! Les autres, m’aillant vu tomber, pensèrent sûrement en avoir fini avec moi et s’en allèrent.

 

            Mais, en attendant, j’étais en très mauvaise posture. La roche argileuse, ramollie par la pluie, offrait une prise de plus en plus précaire et mes doigts commençaient à glisser.

 

            Soudain, j’aperçut au-dessus de moi la tête noire et intelligente de Domino.

 

            - Domino, va chercher quelqu’un, vite !

 

            A ce moment-là, quelqu’un se pencha par-dessus le bord de la falaise.

 

            - Donne-moi ta main, Laura ! m’ordonna Olivia.

 

            - Non, t’es comme les autres ! Tout ce que tu veux, c’est ma mort ! criai-je.

 

            - Ne dis pas de bêtises, je ne suis pas comme eux ! Fais-moi confiance !

 

            - Comment veux-tu que je te fasse confiance après ce qui s’est passé ?

 

            - As-tu vu mon prénom parmi ceux du cimetières de la clairière ?

 

            - Non ! Mais ça ne prouve rien !

 

            - J’t’en prie, Laura. Donne-moi ta main ! Mon aïeule a perdu sa meilleure amie parce qu’elle était trop lâche pour essayer de l’aider, je veux au moins pouvoir sauver la vie de sa descendante !

 

            - Quoi ? Tu es la descendante de l’amie de mon... ?

 

            - Oui ! Mais ne discutes pas ! Allez, donne-moi ta main et je t’expliquerai tout !

           

            - D’accord, acceptai-je, tendant une de mes mains vers celle qu’elle me tendait.

 

            - Allez, ça y est presque, m’encouragea-t-elle.

 

            Alors que ma main accrochée à la saillie glissai, la main d’Olivia se referma autour de mon poignet.

 

            - Vite, donnes moi l’autre main, me lança-t-elle. Freddy, Fabien, tirez !

 

* * * * *

 

            - Ouf ! Merci ! Tu m’as sauvé la vie !

 

            - Plus tard les remerciements ! Ils risquent de revenir, me répondit Olivia en m’entraînant vers la forêt.

 

            - Comment peut-on rentrer à la maison sans avoir à passer par le cimetière, demanda Fabien.

 

            - Le cim... ? Et flûte... ! J’l’avais oublié ! s’exclama Olivia. Ben, il faut prier très fort pour qu’ils ne soient pas sinon... !

 

            - On va être quatre à hurler, suspendu dans le vide, c’est ça ? l’interrompit Freddy.

 

            - Sûrement !

 

            - Il n’y a pas d’autres chemins ?  interrogeai-je.

 

            - Peut-être ! Mais j’les connais pas ! On n'a jamais eu l’occasion de visiter entièrement ce bois !

 

            En arrivant dans la clairrière-cimetière, nous accélérâmes encore l’allure, espérant de tout cœur que les autres ne soient pas là !

 

            - Oui, on va y arriver, m’exclamai-je.

 

            La lueur d’un éclair illuminant les alentours, je découvris mon erreur ! Les morts-vivants n’avaient pas laissé tomber ! Loin de là ! La moitié d’entre eux bloquait le sentier menant au manoir, me laissant deviner où se trouvaient les autres !

 

            - On est piégés ! murmurai-je à Olivia. Regarde !

 

            - Est-ce qu’on va mourir, me demanda Fabien d’une voix angoissée !

 

            - C’est évident, intervint Olivia. Vu la tête qu’ils tirent, ils sont vraiment en colère et prêt à tout pour réussir !

 

            Luc, Chloé, Yoann, Juan et Clarisse se détachèrent du groupe qui nous barrait la route devant nous et se dirigèrent vers nous ! En les regardant, je poussai un cri ! Ils n’avaient plus un visage humain !  Un autre éclair zébra le ciel, me permettant de les voir plus en détails ! Leur peau, putréfiée, pendait par endroits, révélant les os, leurs yeux, vides et sans expressions, ressemblaient à des gouffres sans fond ! Cette image me rappela le ravin !

 

            - Non ! On peut encore sans sortir, m’exclamai-je.

 

            -  Hein ? Je te rappelle qu’ils bloquent le chemin !

 

            - Plus derrière !

 

            - Comment... ?

 

            - Écoutez bien ! Malgré le bruit de la pluie, on entend leur pas sur le mélange de terre et de graviers des tombes ! Ca veut dire qu’il n’y a plus personne pour bloquer derrière nous !

 

            - Euh, j’te signale que ce chemin mène au ravin !

 

            - Fais-moi confiance ! Ecoutez, quand je vous le dirais, vous vous retournerez et vous filerez vers le ravin !

 

            - Et toi ?

 

            - J’vous rejoindrai !

 

            - D’accord, répondit Olivia. Eh, Laura, fais attention à toi ! Ce ne sont pas des enfants de chœur !

 

            - T’inquiètes ! Prêts ?

 

            - Prêts ! répondirent-ils en chœur !

 

            - Allez-y ! criai-je. Venez, qu’est-ce que vous attendez ? ajoutai-je à l’intention des morts-vivants. Qu’est-ce qu’il y a ? On fait plus les malins, les provoquai-je.

 

            Clarisse s’arrêta à deux pas de moi.

 

            - Tu ne croyais pas t’en sortir comme ça ?

 

            L’odeur fétide de son haleine était infâme.

 

            - Si ! Eh, au fait, tu devrais essayer le dentifrice ! Mais, bon, il faut encore avoir des dents pour ça, la provoquai-je.

 

            - Tu sais à qui tu t’adresses ?

 

            - Oui, à la plus belle fille du lycée ! Bien que je me demande si tu n’exagères pas tes qualités ! Parce que là... !

 

            - Tu vas regretter ça ! lança-t-elle rageusement en se jetant sur moi.

 

            Je l’évitai et me retournai vers elle alors qu’elle s’étalai dans l’herbe.

 

            - Franchement ! Comment un garçon pourrai aimer ça ? demandai-je à la cantonade en la montrant du doigt. Quelle magnifique chevelure ! ironisai-je. Ou alors, quelle belle peau pourrie par le temps ! Bah ! L’avantage, c’est que tu ne risques pas d’avoir de rides ! Je ne crois pas que tu aies beaucoup de succès avec ton nouveau parfum“zombi défraîchi”. Tu l’as acheté où ? A la parfumerie du corbillard ? Remarque bien que ça pourrait être une nouvelle mode ! Non, après réflexion, je ne pense pas que ça aurait beaucoup de succès !

 

            - Là, t’es morte !

 

            Je me retournai alors et me précipitai vers le chemin menant au manoir.

 

            - Attrapez-la, cria Luc.

 

            Ayant prise quelques mètres d’avances, je me jetai dans les buissons qui encadraient le sentier. Bloquant ma respiration, j’espérai de tout cœur qu’ils tomberaient dans le panneau !

 

            Deux minutes après, j’entendis leur respiration haletante et leur démarche hésitante.

 

            - Elle croit quand même pas s’en sortir en se planquant chez elle ? demanda Clarisse.

 

            - Dans ce cas, elle est plus bête que je le pensais !

 

            - Il faut qu’on se dépêche, si, à l’aube, nous n’avons pas réussi à se débarrasser d’elle, il faudra retourner dans nos tombes pendant encore un an !

 

            Ils s’éloignèrent !

 

            - Ouf ! soupirai-je.

 

            Étant sortie de ma planque, je courus vers le ravin pour rejoindre Olivia, Freddy et Fabien.

 

            - D’accord ! Si à l’aube, ils doivent retourner dans leurs tombes, on va se planquer jusque là ! Plus qu’une heure à tenir ! murmurai-je en regardant ma montre.

 

            - Psst ! Laura !

 

            Levant le nez, je les découvris perchés dans un arbre !

 

            - Vous savez, je crois que les zombies savent monter aux arbres ! plaisantai-je alors qu’ils descendaient de leur abri.

 

            - Dans une heure, on sera tranquille ! leur annonçai-je.

 

            - Comment peux-tu... ?

 

            - J’ai entendu l’un d’eux dire que, à l’aube, il devrait retourner dans leurs tombes !

 

            - Eh ! A la rentrée, on sera plus que dix en classe, alors ?

 

            - D’accord… ! rigolai-je. On a des zombis aux trousses et toi, tu penses au lycée !

 

            - Dommage ! Luc était mignon !

 

            - Tu es incorrigible !

 

            - Qu’est ce qu’on fait maintenant ? demanda Freddy.

 

            - On va suivre le ravin ! Il y a un petit sentier qui le suis, je l’ai aperçu tout à l’heure.

 

            - Si on s’éloigne, on ne risquera plus rien car, comme l’aurore approche, ils doivent rester dans les alentours du cimetière.

 

            - Tu crois qu’ils ont une montre ?

 

            - Non ! Mais regarde le ciel !

 

            En effet, malgré la petite pluie qui tombait à présent, on pouvait voir, à l’est, le ciel se teinter des couleurs annonciatrices de l’aube, l’horizon s’éclaircissait !

 

* * * * *

 

            - Alors ? demandai-je à Olivia alors que nous marchions le long du ravin, prenant garde à ne pas glisser.

 

            - Alors quoi ?

 

            - Tu ne devais pas tout m’expliquer ?

 

            - Ah, bien sûr !

 

            - Ben, vas-y alors !

 

            - D’accord !  En fait, depuis ce soir-là, cette histoire est transmise de génération en génération dans ma famille afin de pouvoir peut-être éviter, un jour, qu’un tel drame recommence et pour permettre à mon aïeule de connaître le repos éternel. C’est comme ci elle avait, par mon action, pu sauver son amie. En effet, le soir où ils ont fait cette chute dans le ravin, Audrey, mon aïeule, était avec eux mais elle était tellement timide et discrète que personne excepté Lara, ne s’était rendu compte de sa présence à la fête. Quand Lara est tombée, elle a réussie, un peu comme toi, à se retenir à l’arbrisseau où son chien était coincé. Pour les autres, c’était déjà trop tard ! Audrey, étant très peureuse, s’est approchée du bord mais n’a pas osée aider Lara car elle avait peur d’être, elle aussi, entraînée par son amie, dans le ravin. Mais Lara, elle, tout ce qu’elle voulait, c’était sortir son chien, qu’elle adorait, de là. Elle a réussit à le décoincer et à l’envoyer à Audrey puis elle a essayée de revenir vers la paroi pour tenter de s’en sortir en l’escaladant.  Mais l’arbrisseau n’a pas pu supporter plus longtemps son poids  et s’est rompu. Mon aïeule a vue Lara tomber, sans avoir pu faire quoi que se soit ! Alors, c’est un honneur pour moi de t’avoir sauvée car ça m’a permis de sauver une amie et de rattraper l’erreur de mon aïeule qui, après avoir transmis son secret à sa sœur, s’est suicidée à l’âge de 25 ans, honteuse de son erreur.

 

            - C’était Audrey, alors sur la photo ?

 

            - Quelle photo ?

 

            - Oh, une photo que j’ai trouvée dans l’armoire. Dis, en parlant d’armoire, est-ce que je peux récupérer le carnet !

 

            - Bien sûr !

 

            - Au fait pourquoi l’as tu pris ?

 

            - Je ne pensais pas que ça recommencerait et je ne voulait pas que tu saches la vérité comme ça !

 

            - Mais je ne savais même pas que j’avais une arrière arrière arrière grande tante maternelle.

 

            - Ben, je suppose que, à la mort de Lara, les Anderson ont voulu essayer de tout oublier en déménageant ! Ils ont dû penser que, avec le temps, cet évènement s’effacerait peu à peu !

 

            - Ouais, et nous, on ferait bien d’en faire autant !

 

            - T’as raison ! Tu vas en parler à ton père ?

 

            - Je ne pense pas ! Il ne me croira pas ! Je vais juste lui parler du cimetière et lui demander si on peut pas déplacer les tombes ! Ca calmera peut-être leurs esprits tourmentés !

 

            - Le mieux, ça serait que tu déménages !

 

            - Pourquoi ? Elle est bien cette maison !

           

            - D’accord, mais alors avec une sacré couche de peinture !

 

            - C’est sûr ! Eh ! Ce chemin mène au manoir ! m’exclamai-je en apercevant au dessus des arbres le toit de notre nouvelle demeure qui se découpait sur le bleu clair du ciel et le soleil levant.

 

            - On peut rentrer tranquille maintenant ! soupira Fabien. Eh ! Domino ! C’est bon le zombi ? demanda-t-il au chien qui courait vers nous, la queue battante.

 

            - Vous voulez venir à la maison Freddy et toi ? proposai-je à Olivia.

 

            - Ouais ! d’accord !

 

            - Dis, tu sais qui a fait ce cimetière et pourquoi ILS ne sont pas enterrés avec les autres, dans le vieux cimetière ?

 

            -C’est les Anderson qui ont fait graver ces pierres avant de déménager pour Rouen ! Les corps n’ayant jamais été retrouvés, ces tombes ont été dressées en mémoire des jeunes qui avaient mystérieusement disparu dans cette propriété ! Mon aïeule n’a pas osée avouer qu’elle savait où était les corps mais elle leur a fait parvenir un mot où était inscrit tous les noms des jeunes gens !

 

            -Hum ! Bon allez viens, j’t’offre un chocolat chaud ? lui proposai-je en poussant la lourde porte d’entrée en bois du manoir.

 

* * * * *

 

Alors, ce portrait… ? commençai-je en passant devant le portrait qui m’avait si souvent intrigué. C’était une peinture de la famille Anderson ?

 

            - Oui ! En plus, étrange coïncidence, la mère des deux enfants Anderson est morte, comme la tienne, quand ils étaient jeunes ! Ah, j’allais oublier… ! Voilà le carnet ! C’était le journal intime de Lara ! D’ailleurs, tous les vieux objets du grenier appartenaient à Lara ! ajouta-t-elle alors qu’on pénétrait dans la cuisine.

 

            Ouvrant le petit carnet, je tournai les pages jaunies jusqu’à la dernière page et lu :

 

            - “31 novembre 1705

            C’est Halloween ! Jour, d’après les croyances celtes, de la résurrection des esprits morts auparavant ! Aujourd’hui, j’organise une fête déguisée, pour profiter de cette soirée un peu exceptionnelle ! Mais, alors que la fête bat son plein, je découvre l’absence de Diabolo ! Je part à sa recherche... !”, c’est tout !

 

            - Dans celui d’Audrey, que j’ai reçu par ma grand-mère, elle a raconté tout l’accident ainsi que l’affaire des tombes de la forêt et a ajoutée ceci : “ Comme disait souvent Lara, Halloween est le jour où les esprits reviennent sur Terre !  J’espère que, si c’est vrai, j’aurai la chance de pouvoir, au prochain Halloween, m’excuser auprès d’elle !”

 

            - Elle s’est vraiment sentie coupable, hein ? Je pense que, à sa place, moi aussi j’aurai eu peur de tomber ! Mais, toi qui t’est retrouvée dans la même situation qu’elle, est-ce que tu as eu peur ?

 

            - Qu’est-ce tu crois ? Bien sûr que j’avais peur ! Au début, j’ai hésité mais ton frère et Freddy étant là, ils m’ont aidés à te sortir de là ! C’est Domino qui nous a indiqué où tu étais ! Il est très intelligent ton chien !

 

            - En fait, c’est celui de Fabien ! admis-je. Mais c’est vrai qu’il est intelligent ! Eh ! Où sont Fabien et Freddy ?

 

            Nous les trouvâmes endormis sur le canapé du salon. A la télé, allumée, passait... Pokémon !

 

            - Ah, ces deux là sont incroyables ! Ils ne peuvent pas se passer des Pokémon, plus d’une soirée ! murmurai-je en éteignant le poste.

 

            - Sacrée soirée, hein ?

 

            - Ouais, ça c’est sûr ! Une histoire pareille ne me serait jamais arrivée à Paris !

 

            - Allez, on a du pain sur la planche ! intervins Olivia, désignant le désordre qui régnait dans la pièce, après la fête.

 

            - On ? Tu veux dire que j’ai du pain sur la planche !

 

            - Tu rêves ? J’vais quand même t’aider ! N’empêche…, Luc était sacrément mignon !

 

            -Ah, non ! Tu ne vas pas encore remettre ça sur le tapis, j’espère ? demandai-je en éclatant de rire. Tiens ! Prends ça ! ajoutai-je en lui tendant un balai. Ca t’évitera de tomber encore amoureuse d’un mort-vivant !

 

            -Ouais ! C’est sûr que aimer un mort, c’est pas l’idéal !

 

            Nous avons continuées à bavarder pendant qu’on faisait le ménage mais nous finîmes par nous endormir, épuisées.

 

* * * * *

 

            Finalement, cette aventure m’avait appris une chose ! Plusieurs choses même ! Tout d’abord, que les apparences sont trompeuses ! Ensuite, j’avais découvert une nouvelle branche de ma famille, avec Lara ! Pour finir, cette soirée là m’avais permis de découvrir une véritable amie en Olivia !

 

            Dès le week-end suivant, mon père fit déplacer les tombes qui furent installées dans le cimetière du XVIII° que mon frère et moi avions visités. Nous apprîmes que la tombe dont mon frère avait commencé à lire l’épitaphe était celle de... Audrey Denoz, l’aïeule d’Olivia.

           

            Au lycée, les “élèves-zombis” avaient été remplacés par d’autres élèves, comme s’ils n’avaient jamais existés ! Nous étions toujours dans une classe de 33 élèves ! Parmi les nouveaux, un des garçons, Laurent, était plutôt mignon et Olivia se précipita sur l’occasion.

 

            Le manoir, quant à lui, fut rapidement retapé et paraissait, à présent, beaucoup plus accueillant.

 

            Le chemin du ravin fut condamné et je n’eu plus jamais affaire aux zombis !

 

FIN

 

 

Sommaire

Fictions